photo lee stewartTrenton Lee Stewart

Trenton Lee Stewart est l’auteur du Mystérieux Cercle Benedict, une série de romans pour la jeunesse qui a été un succès de librairie et le lauréat de plusieurs prix aux États-Unis, et de Flood Summer, un roman pour les adultes inédit en français. Il vit à Little Rock, dans l’Arkansas, avec sa femme et ses deux fils.
À l’origine de son roman, il y a sa conviction qu’on voit beaucoup les enfants, mais qu’on les entend peu et qu’on les sous-estime toujours !


Tu peux lui écrire à l’adresse suivante :
Trenton Lee Stewart
PO Box 251358
Little Rock, AR 72225
USA

Interview
J’ai eu la chance exceptionnelle de pouvoir m’entretenir un petit moment avec Trenton Lee Stewart. Nous avons commencé par discuter de son roman, mais c’est lorsque nous avons parlé pizza que Trenton m’a livré ses révélations les plus stupéfiantes !

Commençons par quelques questions au sujet du Mystérieux Cercle Benedict. À quel personnage t’identifies-tu le plus ? Pourquoi ? Et auquel AIMERAIS-TU ressembler ?
C’est à Reynie que je m’identifie le plus, probablement, à cause de son humour ironique et de son insatiable curiosité, même si je suis loin d’être aussi intelligent que lui. J’aimerais posséder sa perspicacité et son intuition, tout comme j’aimerais savoir lire aussi vite que Sticky et avoir une aussi bonne mémoire que lui. Et puis j’aimerais avoir les talents d’acrobate de Kate et ne serait-ce qu’un soupçon de la capacité de Constance à toujours dire ce qu’elle pense. Bref, il est évident que ce livre n’est qu’une longue liste d’espoirs déçus.

Les énigmes que doivent résoudre les enfants sont loin d’être faciles. Comment les as-tu conçues ? Sans elles, à ton avis, l’histoire serait-elle la même ? Et, par-dessus tout, tes enfants t’appellent-ils le « Maître des énigmes » ?
À l’origine, c’est une énigme qui m’a poussé à me lancer dans l’écriture de ce livre. J’avais depuis longtemps en tête cette image d’enfants en train de passer un examen bien plus important qu’il n’en avait l’air. J’y voyais le point de départ d’une histoire mystérieuse. Quand, un peu plus tard, il m’est venu une autre idée un peu similaire, je me suis dit que je pouvais peut-être les mettre ensemble. Et c’est comme ça que l’histoire a petit à petit commencé à prendre forme. Alors, on peut peut-être imaginer la même histoire sans énigmes, mais sans elles, le livre, lui, n’existerait pas.

Quant au « Maître des énigmes », je vais être honnête : ce n’est pas moi. Mes enfants me voient certainement plutôt comme le type ensommeillé qui leur sert leurs céréales le matin. Mais j’ai toujours aimé les devinettes, qui sont souvent des tours de passe-passe avec les mots, c’est-à-dire que leur difficulté tient d’abord à leur façon de vous faire regarder du mauvais côté. Par exemple, si une énigme mentionne un « banc », vous pensez spontanément à un siège dans un parc, pas à un banc de sable ou à un banc de sardines. Réfléchir à la façon dont fonctionnent les énigmes m’a aidé lorsqu’il me fallait en trouver de nouvelles.

C’est assez cool de constater qu’en fin de compte, le défi proposé aux enfants consiste, grosso modo, à sauver le monde. Est-ce que tu penses que dans la réalité, des enfants pourraient se retrouver avec un tel pouvoir ?
J’ai lu beaucoup de récits dans lesquels des enfants étaient si attachés à la cause qu’ils défendaient qu’ils se sont débrouillés tout seuls pour récolter des sommes d’argent incroyables pour ensuite faire un don – et cela, tout en continuant à aller à l’école, à faire du sport, à apprendre le hautbois ou que sais-je encore. Les enfants sont capables de choses extraordinaires. Bien sûr, dans la réalité, faire le bien à grande échelle nécessite en général que de nombreuses personnes – que ce soient des enfants ou des adultes – unissent leurs efforts avec passion et dévouement. C’est exactement ce que font chaque jour des tas de gens, y compris des enfants. Ce genre de travail peut paraître moins excitant que les exploits de mes jeunes héros, mais c’est extrêmement important… et beaucoup moins dangereux.

OK, assez parlé du livre… parlons de toi à présent ! Quel est ton super-héros préféré, et pourquoi ?
J’ai appris à lire dans les BD de Spider-Man, et depuis, l’Araignée est toujours restée mon super-héros préféré. Pour les mêmes raisons que tout le monde : c’est un garçon normal qui a plein de problèmes et qui, quoi qu’il arrive, doit travailler dur pour s’en sortir, aussi bien pour arrêter un super-vilain que pour payer son loyer. Et puis, bien sûr, parce qu’il n’y a rien de plus cool que de pouvoir se déplacer comme lui de gratte-ciel en gratte-ciel.

Quel genre de livre lisais-tu quand tu étais enfant ? Et aujourd’hui ?
Enfant, je lisais à peu près tout ce qui me tombait entre les mains, ce qui signifie que je suis loin de n’avoir lu que des bons livres. Mais mes préférés étaient toujours ceux qui plaçaient des enfants dans des situations étranges et difficiles. Ou, à défaut d’enfants, des lapins (comme dans Les Garennes de Watership Down de Richard Adams) ou des Hobbits (comme dans, vous l’avez deviné, Bilbo le Hobbit). Je crois que j’avais un faible pour les héros de petite taille.

Adulte, j’ai été attiré par la littérature classique, même si je lis aussi beaucoup de romans contemporains. Cela faisait longtemps que je ne lisais plus de livres pour adolescents ou jeunes adultes, et il m’arrivait souvent de regarder mes préférés avec une certaine nostalgie – ils me manquaient. Et puis, depuis que j’écris le Mystérieux Cercle Benedict, j’ai redécouvert le plaisir de lire des histoires écrites pour cette catégorie d’âge.


Peux-tu décrire la meilleure pizza que tu as jamais mangée ?

Je vais avoir un mal incroyable à répondre honnêtement à cette question. La réponse la plus simple, en fait, est : « Non. » Je suis sûr qu’elle était divisée en parts triangulaires, couverte de sauce tomate et de fromage fondu, et plus ou moins plate, mais, en dehors de cela, ma mémoire et mon sens critique me font défaut.

Si tu avais le choix entre un gâteau au chocolat et une tarte aux pommes, que prendrais-tu ?
En général, un bon gâteau au chocolat l’emporte sur une bonne tarte aux pommes, mais un mauvais gâteau perd à tous les coups contre une mauvaise tarte. Donc le gâteau au chocolat ne devrait jamais se sentir trop sûr de lui  (sauf s’il n’est pas cuit, car j’aime plus que tout au monde la pâte de gâteau au chocolat).

Que fais-tu à part écrire ?
J’aime lire, regarder des films, faire de longues balades, jouer (modestement) de la musique, aller dans les musées,  jouer aux échecs et au poker, et bien sûr passer du temps en famille – surtout jouer avec mes fils et leur lire des histoires. Je passe aussi pas mal de temps à être mystérieux.

Quand tu étais à l’école, quelles étaient tes matières favorites ? Savais-tu déjà que tu voulais devenir écrivain ?
Même si à peu près tout m’intéressait, l’anglais était toujours ce que je préférais, et dès le primaire, j’écrivais des poèmes et des histoires. Pendant un bref moment, je crois que j’ai voulu être inventeur, mais ce rêve s’est écroulé (tout comme les choses que j’essayais d’inventer), et au moment du bac, je savais que je voulais devenir écrivain.

Comment dois-je faire pour être écrivain quand je serai grand ?
Écris beaucoup, si possible tous les jours, lis beaucoup (y compris quelques ouvrages de référence sur les techniques d’écriture), et refuse obstinément de te laisser décourager. Si tu aimes raconter des histoires et rédiger des phrases, et si tu t’entraînes dur pour devenir bon à l’un et l’autre, alors tu seras un écrivain, même sans avoir encore rien publié. Et si tu persévères suffisamment longtemps, cela pourrait très bien finir par t’arriver. Je connais des tas d’excellents écrivains qui, pourtant, n’ont sorti aucun livre, parce qu’il faut une certaine dose de chance pour trouver un éditeur qui apprécie l’originalité de ta prose. Donc si tu veux devenir un écrivain édité, il te faudra aussi faire beaucoup d’efforts – si possible tous les jours – pour être chanceux.